Les 5 raisons pour lesquelles nos entreprises françaises ferment

non-à-la-fermeture-de-psaLes entreprises manufacturières qui produisent encore en France sont mises sous la pression des coûts depuis le début de la crise économique de 2009. Dans un pays ou le coût de la main d’œuvre est 4 à 6 fois plus élevé que des voisins à moins de 2h d’avion, ou les compétences techniques ne sont plus un réel avantage compétitif et dans lequel les clients sont devenus extrêmement exigeants sur les prix, les délais et la qualité de part l’accès à la mondialisation, les dés semblent pipés d’avance. Ce jeu fait de nouvelles victimes toute les semaines sous couvert du contrôle des coûts, du maintient des marges, de la profitabilité  et de la fameuse compétitivité des entreprises françaises. Pourtant il suffit de creuser un peu pour constater qu’il n’y a pas que le coût du travail qui est responsable de la non-compétitivité des entreprises françaises et qu’une résolution par les coûts ne fera que retarder leur échéance.

Je ne nie pas que le coût du travail en France est élevé et handicape considérablement la compétitivité. Que diminuer le coût du travail  se traduira par une amélioration des marges pour les entreprises et une plus grande compétitivité, c’est mathématique. En revanche, je suis convaincu que la mise en avant du coût du travail par les entreprises dans leur incapacité à gagner la course à la compétitivité est un symptôme d’un mal bien plus profond. Que les dirigeants de PME ou de grands groupes industriels avant de considérer une fermeture, un rachat ou encore une délocalisation devraient se poser certaines questions bien choisies. Alors avant de vous lancer dans des discussions et polémiques longues et difficiles auprès des gouvernements et des syndicats, soyez honnête envers votre entreprise sur les 5 dimensions suivantes. C’est mon pacte pour la compétivité de votre entreprise!

Vos produits ?

Votre portefeuille de produits répond-il encore à la demande des clients qui vous restent? Vos clients sont ils toujours prêts à payer autant pour vos produits après toutes ces années? L’offre de vos concurrents est elle devenue année après année de plus en plus attrayantes sans que vous ne leviez le petit doigts? Est ce que votre politique de prix vous permet d’absorber les fluctuations des coûts de matière première, de logistique…? Seriez vous un peu le dinosaure de votre marché qui refuse l’évolution de l’espèce? Ou bien celui qui continue de vendre coûte que coûte même si c’est à perte?

Votre conception?

La conception de vos produits se fait elle en adéquation avec votre outil de production? Votre département de R&D et de Marketing mettent ils sur le marché et design t-ils des produits que votre usine peut produire de manière compétitive? Sans extra à coup d’heures supplémentaires, de retouches et d’ajustements non prévus? Est ce que vous êtes en mesure d’anticiper les pics de production dans le début du cycle de vie de vos produits? La production participe-t-elle à la conception du produit?

Vos accords avec vos salariés?

Avez vous le bon compromis entre employés à temps plein et intérimaires pour répondre efficacement aux variations de la demande? L’expertise nécessaire à la fabrication de vos produits est elle toujours disponible et bien protégée? L’utilisation des heures supplémentaires permet elle de bien répondre aux imprévus sans devenir systématique? Avez vous mis en place des incitatifs à la performance collective et individuelle qui permettent de mobiliser vos employés tous les jours? Etes vous un employeur de choix dans votre région?

Votre innovation?

Avez vous fait les investissements technologique nécessaire à la compétitivité de vos produits? Le design de vos produits a t-il été revu afin de baisser vos coûts de fabrication et d’améliorer la satisfaction client? Avez vous maintenu les connaissances spécifiques à votre domaine et un savoir faire qui permet de toujours avoir un pas d’avance sur vos compétiteurs? Avez vous développé votre marché? Vous êtes vous lancé sur d’autres marchés sur lesquels votre savoir faire vous a servi de levier? Avez vous toujours gardé un œil sur vos compétiteurs?

Vos fournisseurs?

Votre chaine d’approvisionnement n’est elle pas trop onéreuse? Vous fournie-t-elle les bons matériaux avec les spécifications désirées? Managez vous vos fournisseurs afin qu’ils améliorent régulièrement leurs prestations tant sur les coûts que sur la qualité ou les délais? Vos contrats clients fournisseurs sont ils justes et partagent-ils équitablement les risques de fluctuation des prix? Bénéficiez vous de l’innovation de vos fournisseurs? La chaine logistique est elle évaluée d’un point de vue globale? N’êtes vous pas le perdant de cette stratégie globale? Dans ce cas quelle est la compensation?

Bien que ces questions soient pour la plupart basiques, dans bien des cas la plupart d’entre elles laissent un blanc inconfortable dans la discussion et un goût amer aux salariés sacrifiés qui voient leur usine fermer.

Les managers et les dirigeants ont pour fonction première de s’assurer de répondre quotidiennement à ces différents enjeux. C’est pour cela qu’on les appelle des dirigeants ou des managers. Et même si la finalité c’est le profit de l’entreprise, l’avoir des actionnaires ou les dividendes, répondre efficacement à ces 5 causes fondamentales permettra d’atteindre ces objectifs tout en préservant l’emploi si l’on s’y prend suffisamment tôt!

Alors oui les entreprises françaises seraient plus compétitives si le coût du travail était moindre, difficile de le nier. Cependant je suis convaincu que ça ne sera pas rendre service aux entreprises françaises à long terme que de résoudre la compétitivité par la diminution du coût du travail. Un travail de fond est avant tout nécessaire sur ces 5 causes fondamentales. Ce travail s’il est bien fait et fait de manière consistante au fil des années donnera le goût de la diminution du coût du travail comme celui de la cerise sur le gâteau. En revanche si managers et dirigeants fuient leurs responsabilités, ils finiront pas se partager la cerise sans le gâteau! Et comme la cerise est généralement petite on ne la partage pas…

 

4 Commentaires

  • Pierrick Posté 17 avril 2014 0 h 24 min

    Bonjour. Est-ce que la politique de Valls (si elle est adoptée par l’assemblée) qui vise à geler les aides sociales des français pourra réellement avoir un impact positif sur nos entreprises ?

    • Lean Digestion Posté 17 avril 2014 7 h 40 min

      Bonjour, je n’en sais rien, mais la démarche Lean n’a aucune raison d’attendre ou de dépendre du pacte de solidarité selon moi.

  • Patrice D. Posté 31 octobre 2012 11 h 19 min

    Bonjour Rodolphe,

    Voilà 5 facteurs qui peuvent expliquer beaucoup de choses sur la compétitivité des entreprises françaises.
    Je me permettrai d’en ajouter un 6ème, à mon sens bien plus complexe et à ce jour peu ou mal maitrisé.

    Vos coûts de production ?
    Recalculer vos prix de revient par produit du dernier mois écoulé en fonction de votre activité ?
    Vos remontés de temps vous permet-elle de connaitre l’évolution de vos taux de l’heure et de productivité homme mois après mois ?
    Vous servez-vous de ces bases pour recalculer les prix de revient de vos produits ?
    Etes-vous capable de classer vos produits des plus contributifs à la marge, contribuant à la couverture des frais fixes mais contribuant négativement à la marge, et les produits toxiques, c’est à dire ceux dont le prix de vente conduit à une marge sur coût variable négative ?
    Etes vous capable de le faire par client, par secteur d’activité ?
    Pour tout volume de production supplémentaire, dans le cadre de devis, d’appel d’offre ou autres nouveaux produits, êtes-vous capable de vous simuler l’impact sur le résultat, de définir le prix de revient optimal, le prix de vente conseillé par rapport à vos objectifs de résultat, celui qui permettra de prendre le marché avec des décisions mesurées, en toute connaissance et sans arbitraire ?

    Des simulations faites à partir d’un logiciel spécifique de maîtrise des coûts de revient nous ont montré qu’une baisse de 5% des charges patronales ne conduit en réalité qu’à 1-2% de baisse des coût de revient. Je ne pense pas que l’écart de compétitivité se joue sur ces 2 points, et ne parlons pas de l’effet papillon généré par ces baisses. Il y aura de la perte en ligne car chaque entreprises cherchera avant tout à restaurer ces marges plutôt qu’à baisser ces prix de vente.
    Parrallèlement, ce même logiciel nous permet de simuler que :
    * Si une entreprise ne sait pas accroître son volume d’activité de 10% en faisant des proposition à prix coutant ou si elle perd 10% de son volume d’activité nous avons constaté que cela représente
    un manque à gagner de:
    – 35 000 à 55 000 Euros pour une entreprise de 15 à 25 Salariés
    – 55 000 à 100 000 Euros pour une entreprise de 25 à 45 Salariés

    Vu les quelques 250000 PME (<250 salariés) en France, il y a beaucoup plus à gagner à connaitre ses coûts exacts, maîtriser ses prix de ventes pour accroitre son volume. et sa compétivité que de rechercher 5 point de charge.

    Pour info, les quelques sociétés utilisatrices de celogiciel ne connaissent pas le mot crise, son compétitives et rentable à 2 chiffres.

    A disposition pour plus d'info.
    Cordialement.
    Patrice D.

    • Rodolphe Simonot Posté 31 octobre 2012 11 h 46 min

      Merci pour le complément, je pense que les coût de production étaient couverts dans les 5 points mais certaienement pas de manière ausi détaillée. Les chiffres sont interessants et éloquents.

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