Kanban citron. Quand il n’y en a plus, y en a plus.
Pour ceux d’entre vous qui se rappellent le slogan du liquide vaisselle : « Paic citron, quand il n’y en a plus y en a encore » parce qu’une goutte au fond de la bouteille permet de faire encore 10 vaisselles, voici l’histoire d’une rencontre ratée entre le Lean Management et un liquide vaisselle. En effet, malheureusement pour lui, le Lean Management n’a jamais eu l’opportunité de faire la rencontre du fameux liquide vaisselle. Pendant que l’un révolutionnait l’industrie japonaise et lui permettait de se hisser au rang des plus grandes puissances mondiales, l’autre permettait à la ménagère de cinquante ans d’oublier de racheter du liquide vaisselle sans conséquence grave sur sa capacité à faire celle-ci le lendemain. Aucune chance que ces deux là ne se rencontrent à moins que…
JIT contre JAC
Un des deux piliers du Lean Management repose sur le JIT « Just in Time », pour les réfractaire aux anglicismes : « Juste à temps ». Plusieurs outils et principes permettent à ce pilier de se tenir debout et l’un d’entre eux est le Kanban. Sans vouloir faire ici une description exhaustive du Kanban car il existe des livres entiers sur le sujet, nous résumerons celui-ci à un principe idéalement physique permettant une gestion des stocks maxi et mini. La bonne utilisation du Kanban permet donc de ne jamais tomber en rade dans la mesure ou le réapprovisionnement est signalé de manière à ce que la quantité réapprovisionnée arrive avant le moment ou le stock mini aura fini d’être consommée remontant ainsi le stock au niveau maxi. Si vous avez compris la phrase précédente félicitation, vous pouvez continuer sinon, relisez là encore une fois ! Désormais vous comprenez certainement mieux pourquoi le liquide vaisselle et le Lean Management ne se sont jamais rencontrés. En effet pourquoi s’inquiéter de réapprovisionner rapidement son liquide vaisselle alors que s’il n’y en a plus y en a encore. C’est là que nous pouvons être fiers de la mise en place de JAC « Juste au cas », pour les pro anglicismes « Just in Case ». Le JAC est un pilier fondateur de la plupart des organisations. Son principe est simple, s’assurer que l’on dispose de suffisamment de stock « Juste au cas » ou on viendrait à en manquer. Un héritage de la guerre certainement… Le JAC est donc un principe empirique déjà découvert au XVième siècle par La Fontaine dans son célèbre essai sur la gestion des stocks par les fourmis. JIT contre JAC, les paris sont ouverts.
Entretenir JAC ou s’exposer à JIT, le choix du risque financier
Avantages, inconvénients, forces faiblesses, SWOT, matrice bénéfices efforts, ANOVA, je vous laisse faire le choix de l’analyse et je vous donne un point de vue. Le JAC coûte cher, très cher s’il est mis dans les mains des fourmis mais il permet de dormir sur ses deux antennes. Le JIT permet de libérer du cash, d’utiliser des leviers financiers permettant la croissance, l’investissement de l’organisation mais il est stressant et vous fera vivre sur la corde raide. Beaucoup d’organisations ne croient pas dans les coûts associés à l’entretien du JAC, beaucoup d’entre elles n’ont pas fait l’exercice financier non plus. Au-delà du pur coût du stock supplémentaire qui permet de dormir tranquille, il existe de nombreux coûts afférents parfois difficiles à capturer : les coûts d’entreposage du stock, l’opportunité de faire autre chose de ces m2. Les coûts de manipulation de celui-ci, d’empilage pour dépilage ailleurs ou ça gène moins sans compter les accidents dues aux mauvaises manipulations de celui-ci. Les coûts de remplacement si celui-ci devient désuet, pensez à un stock intermédiaire de fabrication qui s’avèrerait être du rebut suite à une erreur de fabrication en amont. Les coûts d’opportunité de leur financement, discutez avec votre contrôleur fin décembre et vous constaterez qu’il n’est pas pour le JAC. De son coté, le JIT permet de libérer cet argent à d’autres fins, libre à vous d’en faire bonne utilisation en revanche vous deviendrez dépendant de vos fournisseurs, de la fiabilité de vos installations, de la précision des prévisions de ventes. Le JIT ne tolère pas ou peu les grains de sables dans ses engrenages au risque de s’enrayer. L’image typique de JIT vs JAC est celle du bateau qui navigue dans une rivière avec un niveau d’eau élevé lui permettant d’éviter les écueils au fond. JAC pratique une navigation avec une niveau d’eau élevé (les stocks qui permettent d’éviter les écueils) alors que le JIT pratique une navigation avec un niveau d’eau minimum augmentant son exposition aux écueil. En réalité, il n’y a pas de choix à faire entre JAC et JIT mais seulement de diminuer le niveau de l’eau progressivement afin d’avoir le temps d’éliminer les écueils au fur et à mesure que le niveau descend. Le niveau bas étant atteint lorsque celui-ci vous permet de passer sereinement au travers les vagues du quotidien et non la vague potentielle d’un Tsunami.
Les ressources humaines et les Kanbans
L’histoire des ressources humaine et du Lean management ressemble à celle du Lean Management et du liquide vaisselle : ils n’ont jamais du se rencontrer ! Je suis sarcastique c’est vrai, la réalité est en fait tout autre, c’est juste que les ressources humaines préfèrent que la méthode soit bien éprouvée pour se lancer dedans. La preuve en est avec le pilier JIT, les RH sont de manière générale assez convaincante sur ce sujet et pourrait à bien des égards donner certaines leçons aux ateliers de fabrication, aux départements achats… En effet, le remplacement des ressources dans les organisations se fait souvent en JIT avec un stock mini bien souvent scrupuleusement respecté par les managers. On s’approche même bien souvent de la corde raide sans jamais réellement la franchir car les ressources sont flexibles et extensibles. En France ou lorsqu’on perd un collaborateur, on dispose de 3 mois pour assurer son remplacement, on gère la situation de manière à ce que le recouvrement soit minimum afin de respecter au mieux le stock maxi, preuve que la pratique des Kanban n’est pas un secret pour les RH. On évite d’avoir des ressources « JAC » et de former des successeurs sur les rôles clés trop en avance car demain il sera bien assez temps. On challenge sainement la gestion de la performance afin de s’assurer de ne pas trop donner lors des augmentations annuelles y compris à ceux qui performent bien. On donne la même chose à tout le monde afin de ne pas créer d’instabilité, le Lean c’est de la stabilité avant tout non ? Les récompenses informelles, non financière sont elles aussi distribuée avec parcimonie et idéalement toujours aux mêmes afin de s’assurer de la loyauté de ces fournisseurs clés et de les récompenser à leur juste loyauté, la performance suivra, c’est bien connu. Pas suffisamment convaincu ? J’ai garder le meilleur pour la fin car en fait le Lean Management RH et le liquide vaisselle se sont rencontrés en secret il y a bien des années. Cette rencontre bien que secrète est aujourd’hui démasquée.
Les organisations « Paic citron »
Mais que ce sont ils dit ce jour là ? Cette rencontre secrète a été demandée par les ressources humaines en proie au Lean Management, un appel à l’aide en quelque sorte. Bien que personne à ce jour ne dispose clairement du contenu de ce qui s’est formellement dit, une source non officielle témoignerait d’une démonstration avec un presse citron qui aurait permis de convaincre la délégation RH. Ainsi sont nées les organisations « Paic citron » qui sont difficiles à démasquée bien que certains indices peuvent vous permettre de les identifier. L’indice le plus évident est lorsque les managers en demande encore à leurs collaborateurs même s’il n’y en a plus. Cette pratique qui a rapidement été mise à jour a donc muté de manière plus sournoise avec l’utilisation des « tremplins » pour votre carrière ou encore du terme « haut potentiel, fort potentiel… » allant jusqu’à la « gestion des talents, mobilité internationale… ». Ces sous systèmes à l’image de la démonstration du « presse citron » permettent de mettre en œuvre le « Quand y en a plus y en a encore » de manière pérenne auprès des managers en attente de reconnaissance finalement bien plus informelles que financière. L’arrivée du lave vaisselle chez les jeunes cadres dynamiques préserve ce secret depuis bien trop longtemps gardé. Alors offrez leur une grattounette pour leur ouvrir les yeux car ça risque de les gratter longtemps !








