Le Lean management, cette supercherie !

C’est le directeur du groupe, il a plus de 40 ans d’expérience dans son domaine, il interagit tous les jours avec d’éminentes personnalités dans le domaine de la politique, de la banque et des médias. Pourtant il me fait penser à mon garçon de 3 ans lorsqu’il me parle de son nouveau programme « Lean » qu’il veut mettre en place : « Il a pris un œuf, l’a écrasé entre ses doigts et pouf, un lapin est apparu ». Le « Lean Management », c’est un peu le monde de Harry Potter : il y a encore beaucoup de moldus qui ne comprennent rien !

Le « Lean Management », reflet de notre société de consommation

L’écran sur lequel vous êtes en train de lire cet article est il plat ? Quelles sont les critères d’achat que vous avez mis en avant pour acquérir cet écran plat ? Le prix évidemment et certainement sa qualité ainsi que pour les puristes certaines caractéristiques techniques plus ou moins claires. La disponibilité de l’article était sous entendu et vous êtes ressorti du magasin l’écran sous le bras. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, lorsque vous ou vos parents on acheté leur premier écran à tube, ni le prix, ni la qualité ni la disponibilité faisaient partie des critères d’achat puisqu’il n’y avait que 2 marques disponibles chez le commerçant, parce que l’on ne disposait pas de données pour évaluer la qualité du produit et que les spécifications techniques étaient simplement la présence d’une image sur l’écran. L’achat consistait dans l’acquisition d’une télé et non l’acquisition du meilleur rapport qualité prix disponible pour un écran plat. En réponse à cette mutation un peu caricaturée de notre société de consommation, le « Lean Management » a su répondre. Par opposition à la production de masse qui avait cours lorsque votre premier tube cathodique est arrivé dans votre maison, le Lean a répondu aux nouveaux enjeux que sont le rapport qualité prix disponible tout de suite en vigueur depuis les années 90 dans notre société occidentale.

Le « Lean Manufacturing » comme back office

Si le Lean Manufacturing est LA réponse à la demande de la société de consommation c’est qu’il met en œuvre cette demande dans ses usines de manière à y répondre au plus juste. Le client veut des prix compétitifs ? Alors le Lean fait la chasse aux gaspillages de manière à réduire ses coûts, conserver ses marges et ainsi réduire le prix. Le client veut des produits de qualité et une consistance dans le temps ? Alors le Lean met en œuvre des standards de fabrication rigoureusement respectés afin d’assurer au client de la consistance dans la qualité et une qualité sans faille. Le client veut repartir avec son écran plat sous le bras ? Alors le Lean met en œuvre une chaine d’approvisionnement « Just in Time » (Voir article sur le JIT) qui minimise les stocks pour réduire les coûts tout en garantissant la disponibilité des produits désirés par le client. Le Lean se trouve en réalité être le « back office » de notre société de consommation. Mais comme tout back office on préfère le cacher derrière car ce qu’il implique pour répondre aux exigences de notre société de consommation ne plait pas.

Un flagrant déni de réalité

Si en 1980 lors de l’achat de votre écran de télévision Philips fabriqué en France vous achetiez par la même occasion la fierté européenne en matière de connaissance et de technologie, aujourd’hui vous payez un billet d’avion sur un A380 avec cette même fierté. Pourtant votre écran plat est aujourd’hui fabriqué en Chine ou ailleurs et demain vous volerez dans un C919 chinois sans vous poser de question. Le monopole de compétence et de technologie des pays occidentaux n’est au final qu’un avantage compétitif éphémère qui tôt ou tard tombera, la France forme 30 000 ingénieurs par an, l’inde près de 700 000 et la Chine 1 000 000… Pourtant derrière ces retranchements de compétences et de technologie beaucoup se protègent du « Lean Management » en expliquant que celui-ci ne peut s’appliquer pour une technologie aussi complexe ou un savoir faire aussi délicat. Mais le client n’est plus friand de haute technologie ou d’artisanat à prix élevé. Il recherche désormais des écrans plats bon marché et les écrans plats bon marché ne se fabriquent plus en occident mais bien ailleurs. Si l’on fabrique aujourd’hui encore des airbus en France, il est encore temps d’adapter nos usines aux exigences clients. Même si les A320 assemblés en Chine sont aujourd’hui encore peu compétitif, ils progressent, apprennent et copient très rapidement.

L’émergence des PAD

Alors si nos usines ne sont pas en mesure de mettre en œuvre les exigences de la société de consommation en utilisant des pratiques du Lean Management et que le monopole des compétences et de la technologie disparait tout doucement, que restera t-il ? Kéops, Képhren et Mykerinos le reste sera oublié. A l’image de la glorieuse Egypte, en refusant de nous adapter à cette nouvelle société de consommation, nous prenons le risque de devenir des Pays Anciennement Développés par opposition aujourd’hui aux Pays en voie de Développement. Certes le tableau est noir, très noir, volontairement il ne sera probablement que gris mais il ne sera pas rose c’est garanti. Des secteurs sont et seront plus ou moins affectés que d’autres, certains s’ajustent et s’ajusteront encore mais beaucoup résistent et disparaitront. La faute à qui ? Le directeur qui refuse d’ajuster son service, l’usine qui refuse le changement, la politique qui ne soutient pas la mutation… le débat est vaste.

La mondialisation comme sortie de secours

Quelles sont les bonnes nouvelles alors ? La bonne nouvelle c’est que la mondialisation permet d’améliorer le rapport qualité prix de votre écran plat mais surtout de hausser le niveau de vie des populations des pays en voie de développement. De plus, la soutenabilité de la hausse de ce niveau de vie est à très court terme. Si demain le niveau de vie de la population mondiale permet d’acquérir au 7 milliards d’êtres humains un écran plat 107cm, il faudra 8 fois la superficie de la France pour stocker ces écrans plats (à plat bien sur) ! Donc avant d’en arriver là, nous serons redevenus raisonnables ou déraisonnables différemment et nous aurons certainement abordé une nouvelle mutation de notre société de consommation à laquelle le « Lean Management » ne répondra certainement plus. Comme l’a bien expliqué Charles Darwin et s’est aussi valable pour les entreprises : « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »

 

20 Commentaires

  • Laurent Rocher Posté 6 octobre 2016 11 h 44 min

    Merci Rodolphe pour cet article très percutant. Tout le monde (ou presque) critique le Lean, mais se satisfait complètement de ce qu’il a apporté à la société de consommation.
    Mon banquier me disait encore ce matin : « mais vous êtes un de ces tueurs (sic!) qui aident les entreprises à réduire leur personnel? » Non monsieur, je les aide à améliorer leurs performances pour les mettre dans une position qui leur permette de développer leur activité, et donc de consolider les emplois.
    Pas sûr d’avoir été bien compris…

    • Lean Digestion Posté 2 novembre 2016 9 h 11 min

      Non effectivement pas sur que tu ais été bien compris… Cependant, nous payons tous les usages abusifs qui ont été fait du Lean!

  • Roméo GUINSOM Posté 30 septembre 2016 16 h 27 min

    Merci pour cet enseignement.

    Pour revenir aux sources du Lean, j’aimerai juste savoir s’il vous plaît :
    – N’est-ce pas la rareté des ressources (énergie et matériaux) qui a renforcé la valorisation de la production au plus juste au Japon et par conséquent, fondé les valeurs du TPS?

    Est-ce à dire que le Lean doit se réinventer? ou juste retourner à sa source, cette fois avec un devoir pédagogique (d’information, formation et sensibilisation) à l’endroit de l’ensemble de ses parties prenantes, au premier rang desquels le consommateur qui ignore souvent que pour des raisons d’optimisation, on a fait travailler des gamins au non scolarisés au Katanga et en Chine?

    Et si on parlait de « SUSTAINABLEAN »

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  • Nathalie Posté 15 mai 2013 13 h 11 min

    Merci pour ce petit livret imagé sur ce fameux LEAN, il permet une compréhension pour tous.
    Je suis entièrement d’accord sur le fait que c’est avant tout une façon de penser.
    C’est pour moi juste de la logique… de la Lean Logistique!

  • davidd59277 Posté 15 novembre 2012 16 h 52 min

    bonjour , je n’adhere pas encore car suis pas encore persuader que ce process dit « LEAN » puisse se faire en protégeant l ‘humain … Cependant le LEAN ne serait pas tout simplement l’évolution de la productivité en france depuis ces 15 dernieres années ? juste un support concret pour rendre et faire accepter a tout les travailleurs que le systéme productif a changé.. pas sur que celui si soit efficace dans tout les pays car chaque pays a sa propre culture , son propre passif…………..

    • LoloE Posté 29 septembre 2016 17 h 22 min

      Bonjour, je me permets de réponde à l’article de davidd59277, car je pratique le Lean depuis de nombreuses années et pour mois, la chasse aux gaspis, c’est aussi la chasse à tout ce qui altère la santé des personnels. Je pense par conséquent que sur ce point, celà protège l’humain. De plus, effectivement, en pratiquant le Lean, on va augmenter la productivité, mais pas en demandant aux personnes de travailler plus vite, mais simplement en éliminant autant que possible TOUS les gaspis qui grèvent la productivité. Effectivement le système productif a changé, il faut dans de nombreux cas « travailler autrement », mais celà ne veut pas nécessairement dire « plus » ou « plus vite ».

      • Lean Digestion Posté 2 novembre 2016 9 h 13 min

        Je rejoins ce point de vue mais encore une fois, il s’agit de la bonne façon ou non d’utiliser la démarche.

  • Damien Posté 17 mars 2012 7 h 41 min

    Le lean peut être le prétexte de faire du chiffre par l’économie de gaspillage et de matière avec une simple visée de rentabilité. Dans ce cas j’adhère à l’idée de supercherie, car en effet c’est une façon de satisfaire aux caprices du consommateurs… sans voir plus loin.

    Une autre façon d’envisager le lean c’est de le voir comme une aventure humaine, dans laquelle on va conduire un projet de réorganisation des processus pour que l’opérateur y trouve aussi son compte, et non à son détriment.

    Ainsi, on donne au lean un suplément d’âme. Dans ce cas, on aboutira à une organisation dans laquelle chacune aura grandi en conscience, dirigeants, managers et salariés. Si ce type de lean aboutit à plus de solidarité, à plus d’esprit d’initiative et à une fierté dans une production bien réglée, resultat du fait que chacun donne ce qu’il a de meilleurs, alors dans ce cas on pourra, à mon sens, parler de réussite.

    Bref, un lean dans lequel le facteur humain est oublié est en effet une supercherie, dans le cas contraire c’est plutôt une bonne réponse à la donne économique actuelle.

    Sachant qu’en effet, comme le seule chose qui ne change pas c’est le changement, il faudra inventer de nouvelles façons de vivre et travailler ensemble pour répondre aux défis qui nous attendent.

    Bon week-end,
    Damien

    • Rodolphe Simonot Posté 17 mars 2012 7 h 47 min

      Merci Damien pour ce commentaire constructif. En effet, le Lean est une aventure humaine avant tout et bien souvent on l’utilise comme un outil ce qui mène aux échecs qui sont fortement mis en avant.

  • Coco Posté 21 octobre 2011 10 h 57 min

    En lisant votre post et les commentaires qui le « complètent » je retiens :

    Développement convaincant, titre racoleur, vision caricaturale…

    Vous dites que « le client n’est plus friand de haute technologie ou d’artisanat à prix élevé », alors comment expliquez-vous le succès d’un fameux smartphone dont le prix dépasse largement la majorité des bourses qui le possèdent fièrement ???

    D’ailleurs retournez-le, et vous y verrez « Designed in California Assembled in China », autrement dit une poignée d’ingénieurs pour le concevoir et une armée de petites mains pour le fabriquer.

    Le coût de fabrication serait semble-t-il dérisoire alors que le prix de vente reste élevé : où est le fameux rapport qualité/prix ?

    • Rodolphe Simonot Posté 21 octobre 2011 13 h 17 min

      Bonjour,

      Le fameux rapport Qualité / Prix se fait en fonction de ce qu’il y a de disponible sur le marché. Mon point est de dire que le client est en mesure de trouver le « meilleur » rapport Qualité prix et qu’il a toutes les informations à disposition pour le faire.
      Cependant si le marché offre uniquement des prix élevés c’est pas un problème de « rapport qualité prix » mais bien de marketing.
      Sans entrer dans le détail et il y a des livres entier la dessus ce fameux Smartphone est probablement encore en train de s’attaquer au marché des « Innovators » et « Early adopters », ceux qui sont capable de mettre un prix élevé pour avoir une technologie nouvelle. Viendra le temps de la diffusion de masse avec la « early » et « late majority » le prix baissera sensiblement puis viendra le tour des méfiants et retardataires « Laggards » accompagn vers une diminution graduelle des prix jusqu’au prochain gadget (Cycle d’obsolescence). C’est de la segmentation. A chacun dans son segment de faire valoir son « meilleur rapport qualité prix »

  • Achill Posté 12 octobre 2011 8 h 35 min

    Si le lean management etait né en France vous aurez crié Cocoricoooo!

    nous sommes chauvinssssss

  • Olivier Posté 4 mai 2011 7 h 01 min

    Si la vision est un peu caricaturale mais pas fausse, le Lean n’est pas « responsable » de cet état de fait mais un outil qui permet de répondre aux contraintes actuelles. Ce n’est donc pas une supercherie comme votre titre (un peu racoleur) le laisse supposer.

  • Fabrice CANTIN Posté 28 avril 2011 9 h 34 min

    La société a connu une évolution importante, la mondialisation. Où comment il est devenue possible d’acheter un produit conçut en Europe, fabriqué en Chine, et assemblé aux Brésil. Mais la vie est un cycle répétitif, un cercle. (Il paraitrait que l’univers lui même est courbe…) De même, nos usines reviendrons (c’est déjà le cas pour certaines)

    Nous commençons à apercevoir les contraintes et les limites de cette mondialisation (au delà des problèmes de qualités). Une révolution en Tunisie? Peugeot est obligé de mettre en place un pont aérien pour approvisionner ses usines utilisant des composants venue de Tunisie. J’espère que la mise en place de ce pont aérien n’aura pas couté plus cher que les économies réalisées jusqu’alors par cet décentralisation, sinon quel Gaspillage.

    Le tableau n’est pas rose, effectivement, mais je pense qu’il est plus clair que le gris annoncé.

    En chassant les gaspillages et les sources de pollutions, on finira bien par rapprocher nos usines des lieux de consommations (Muda du transport et de l’attente), et donc à en ramener en Europe.

    Et puis, pour les vieux moldus, qui ne comprennent rien à la magie du Lean (j’aime bien cette métaphore), la génération Y les remplaceront prochainement (départ à la retraite).

    Espérons simplement que la nouvelle génération de dirigeant aura tiré les leçons de leurs prédécesseurs.

  • Edin SALETA Posté 27 avril 2011 21 h 43 min

    Bonsoir,

    Le Développement ci-dessus est convaincant, mais perd de vue un point essentiel.

    Un pays comme la Chine voit son niveau de vie s’améliorer, sa population s’enrichir et accéder à la consommation « de masse ». Tout comme le français aime acheter autre chose que français, le chinois aime acheter autre chose que chinois. Le chinois est toujours convaincu que la qualité se produit en dehors de son pays.

    La Chine est un des premiers importateurs de montres Swiss Made pourtant ils produisent aussi des montres..
    PSA produit actuellement des véhicules pour le marché européen et chinois pour ne citer que les 508 ou la DS5.

    Dans cette réflexion l’employé chinois veut voir son salaire augmenté, ce qui implique une hausse du coût de revient du produit, et au final un prix de vente qui tend à s’égaliser avec les prix européens. Quel avantage aura donc un consommateur/importateur européen d’acheter chinois quand il pourra faire tourner une entreprise locale pour le même coût?

    Autre point, on entre dans l’aire de l’écologie, symétriquement à la Chine, on développe des produits qui respectent l’environnement, des autos moins energivores, bref nous possédons une avance culturelle sur ces pays là.

    Cordialement

    • Rodolphe Simonot Posté 28 avril 2011 6 h 19 min

      L’ère écologie / Dev durable est certainement la mutation en cours qui sera nécessaire pour sortir de cette spirale et nous sommes effectivement en avance sur des pays comme la Chine (en retard sur d’autres en revanche). Cette nouvelle ère remettra certainement en cause les habitudes de consommation et donc les besoins de fabrication et donc les modes de gestion des entreprises.

      • patoche Posté 6 mars 2012 18 h 34 min

        On peut oser espérer que la nécessité écologique modifie les
        comportements.La crise (de moralité )d’ailleurs plus
        qu’économique nous y obligera pour que chacun rationnalise
        ses besoins .

        Je ne peut m’empêcher de revenir sur le sujet et concept de « lean management » qui me fait doucement rigoler (ahaha) on
        fait du neuf ( un peu trop facilement) avec du vieux.
        …depuis quand le bon sens,la chasse au gaspillage,
        la rigueur,l’ordre, la recherche d’économie, d’efficacité ..depuis quand ces valeurs fondamentales sont elles un nouveau concept…je nous l’demande:o)

        Vive l’allemagne ( pas les allemands) qui parce qu’elle est
        vertueuse redonne des idées et du bon sens à notre mère
        patrie en rappellant que le fameux pragmatisme et
        surtout la maitrise de ce que l’on produit en n’éprouvant pas
        le besoin d’innover à tout et n’importe quel prix
        ( industrie automobile par ex.)
        garder ce qui « fonctionne » …l’améliorer, juste l’améliorer, l’adapter pour ne pas repartir sans arrêt de zéro
        et perdre un temps fou à produire de futurs échecs ou fiascos
        industriels…comme dirait « l’ami » b.Laporte….les fondamentaux…merde:o)

        Bonne soirée

        • Rodolphe Simonot Posté 11 mars 2012 20 h 31 min

          Merci pour ce retour aux fondamentaux que je partage en grande parti. Le problème est souvent qu’on a oublié d’enseigner aux managers les fondamentaux qui ne sont pas innés pour tout le monde (2% de la population seulement, les autres devront apprendre). Alors comment leur en vouloir de ne pas savoir même si parfois, ils pourraient faire des efforts, j’en conviens!

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